Fiscalité
Céder son entreprise en fin d'année : signer en décembre ou en janvier
Céder son entreprise en fin d'année fait basculer l'imposition de la plus-value d'une année sur l'autre selon la date du transfert de propriété des titres, et non selon la date de signature du protocole. Selon le BOFiP, la plus-value d'une vente sous condition suspensive est réalisée au jour de ce transfert. Le choix entre décembre 2026 et janvier 2027 agit sur le revenu fiscal de référence, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, la fenêtre de deux ans de l'abattement de 500 000 € et l'exposition au projet de loi de finances pour 2027. Ce guide compare les deux calendriers, chiffre un exemple et pèse le coût d'un closing précipité.
Céder son entreprise en fin d'année oblige à choisir l'année d'imposition de la plus-value : un transfert des titres le 20 décembre 2026 la rattache aux revenus de 2026, un transfert le 10 janvier 2027 aux revenus de 2027. Ce choix ne tient qu'à la date du transfert de propriété, et non à la signature du protocole ni au paiement du prix.
L'écart de quelques semaines déplace la déclaration et le paiement de l'impôt d'une année, modifie le revenu fiscal de référence servant à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et peut ouvrir ou fermer la fenêtre de l'abattement de 500 000 € pour départ à la retraite. En novembre 2026, le projet de loi de finances pour 2027 ajoute une incertitude. Ce guide détaille chaque critère, compare les deux calendriers dans un tableau et chiffre un exemple, puis mesure le prix d'un closing bousculé pour une raison fiscale.
Date de cession et fiscalité : le transfert de propriété fixe l'année d'imposition
La plus-value de cession de titres est imposée au titre de l'année au cours de laquelle la propriété des titres passe au repreneur. Le paiement comptant, échelonné ou différé du prix reste sans effet sur cette année de rattachement.
Le BOFiP consacré au fait générateur pose la règle : le fait générateur est constitué par le transfert de propriété à titre onéreux des titres, et l'imposition est établie au titre de l'année de la cession, même si le prix est payé plus tard. Un crédit-vendeur remboursé sur trois ans n'étale donc pas l'impôt : la plus-value entière est due au titre de l'année du closing.
Le contrat de cession fixe la date du transfert de propriété, en général au closing, jour de la remise des ordres de mouvement et du paiement du prix comptant. Pour des actions de SAS, l'inscription des titres au compte de l'acheteur matérialise ce transfert. La date qui compte pour l'impôt est celle inscrite au contrat comme date de transfert, et elle doit correspondre à la réalité de l'opération.
Une date d'effet économique rétroactive, par exemple au 1er janvier, reste possible pour partager le résultat de l'exercice. Elle règle les comptes entre cédant et repreneur et laisse inchangée la date fiscale.
Conditions suspensives : signer en décembre, transférer en janvier
Une cession signée en décembre sous conditions suspensives relève de l'année au cours de laquelle la propriété est effectivement transférée. Si les conditions sont levées et le closing réalisé en janvier, la plus-value tombe dans les revenus de l'année suivante.
Le même BOFiP traite expressément des « ventes sous condition suspensive ou comportant un transfert de propriété différé » : sur le plan fiscal, la plus-value est réalisée à la date du transfert de propriété. Le protocole d'accord de reprise devient alors un outil de calendrier : il engage les parties dès décembre, tandis que l'obtention du financement bancaire, l'agrément d'un partenaire ou la purge d'un droit de préemption repoussent le transfert à janvier.
Le mécanisme joue dans les deux sens. Un cédant qui vise une imposition en 2026 doit obtenir la levée de toutes les conditions avant le 31 décembre. Un retard de la banque sur l'offre de prêt ou une autorisation obtenue le 2 janvier suffit à basculer l'opération sur 2027, sans possibilité de rattrapage.
Année d'imposition de la plus-value et des compléments de prix
Le prix payé au closing est imposé au titre de l'année du transfert ; le complément de prix aléatoire est imposé au titre de l'année où le cédant le perçoit. Une même cession peut donc produire une imposition sur deux ou trois années.
Le 2 du I de l'article 150-0 A du Code général des impôts prévoit cette règle pour le complément de prix indexé sur l'activité de la société cédée. Le choix de décembre ou de janvier pour le closing reste sans effet sur l'année d'imposition de l'earn-out : seule compte la date de son versement, fixée par la clause d'earn-out.
| Élément du prix | Année d'imposition | Effet du choix décembre ou janvier |
|---|---|---|
| Prix payé au closing | Année du transfert de propriété | Direct |
| Prix payable à terme (crédit-vendeur) | Année du transfert, pour la totalité | Direct |
| Complément de prix aléatoire | Année de perception | Nul |
| Sommes sous séquestre de garantie | Année du transfert, sauf restitution au repreneur | Direct |
L'abattement de 500 000 € s'apprécie globalement pour la plus-value et ses compléments : la fraction inutilisée au closing s'impute sur le complément perçu ensuite, selon le BOFiP sur l'abattement fixe.
Céder son entreprise en fin d'année : revenu fiscal de référence et contributions sur les hauts revenus
La plus-value entre dans le revenu fiscal de référence de l'année de cession. Ce revenu sert de base à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR) et à la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR), si bien que la date du closing choisit aussi l'année où ces contributions se déclenchent.
La CEHR et son lissage des revenus exceptionnels
L'article 223 sexies du Code général des impôts taxe à 3 % la fraction du revenu fiscal de référence comprise entre 250 000 € et 500 000 € pour une personne seule, et à 4 % au-delà ; les seuils sont doublés pour un couple soumis à imposition commune. Un mécanisme de lissage atténue la contribution d'une année exceptionnelle, à trois conditions :
- le revenu de l'année atteint au moins une fois et demie la moyenne des revenus fiscaux de référence des deux années précédentes ;
- chacune de ces deux années est restée sous 250 000 € pour une personne seule, ou 500 000 € pour un couple ;
- le foyer était passible de l'impôt sur le revenu en France sur ces deux années.
Le choix du mois de closing désigne donc les deux années de référence du lissage. Une cession en décembre 2026 se compare à 2024 et 2025 ; une cession en janvier 2027 se compare à 2025 et 2026. Un dividende exceptionnel versé en 2026 qui porte le revenu de 2026 au-dessus du seuil prive la cession de janvier 2027 du lissage.
La CDHR, toujours applicable en 2026
Le BOFiP sur la contribution différentielle, mis à jour le 30 juin 2026, confirme son application aux revenus de 2025 et des années suivantes, jusqu'à l'année où le déficit public revient sous 3 % du PIB. Elle porte le taux moyen d'imposition à 20 % au moins au-delà de 250 000 € de revenu fiscal de référence pour une personne seule et 500 000 € pour un couple. La loi de finances pour 2026 en a modifié le calcul pour les revenus exceptionnels ; son montant se simule sur la situation exacte du foyer.
Abattement de 500 000 € : la date de départ en retraite et la date de cession
Pour l'abattement fixe de l'article 150-0 D ter du Code général des impôts, le cédant cesse ses fonctions et fait valoir ses droits à la retraite dans les deux années qui précèdent ou suivent la cession. Quelques jours de décalage du closing peuvent faire entrer ou sortir le départ en retraite de cette fenêtre.
Le dispositif s'applique aux cessions réalisées jusqu'au 31 décembre 2031, selon la réponse d'impots.gouv.fr sur la plus-value du dirigeant partant à la retraite, mise à jour le 3 septembre 2026. L'abattement réduit l'assiette de l'impôt sur le revenu de 12,8 % ; les prélèvements sociaux de 18,6 % restent calculés sur la plus-value avant abattement.
Un dirigeant qui liquidera sa retraite à la mi-janvier 2029 se trouve hors délai pour une cession à la mi-décembre 2026, et dans le délai pour une cession à la fin janvier 2027. Les autres conditions de l'abattement, détention, fonctions, cession de plus de 50 % des droits de vote, sont détaillées dans le guide pour vendre son entreprise avant la retraite.
Projet de loi de finances pour 2027 : une signature en 2026 face au risque législatif
Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, contient au moins une mesure qui rendrait une cession de 2027 plus favorable qu'une cession de 2026 pour certains cédants. Il reste un projet : l'Assemblée nationale l'a rejeté en première lecture le 4 novembre 2026, selon son dossier législatif, et l'examen se poursuit au Sénat.
Son article 10, dit « pacte Papin », porterait l'abattement fixe pour départ à la retraite de 500 000 € à 1 000 000 € lorsque le repreneur est un salarié de l'entreprise ou une société dont tous les associés sont salariés, pour les cessions réalisées entre le 1er janvier 2027 et le 31 décembre 2029. Le texte assortit cet avantage de conditions d'ancienneté et d'engagements de direction et de conservation pendant cinq ans.
Un dirigeant qui cède à ses salariés et part en retraite pourrait donc gagner à signer en janvier 2027, si la mesure est adoptée en l'état. Attendre la loi votée, publiée en principe fin décembre, reste la seule base fiable, car la version définitive peut retirer ou modifier la mesure. Les autres articles du projet relatifs à la transmission sont analysés dans notre décryptage du projet de loi de finances pour 2027.
Les prélèvements sociaux font aussi l'objet d'amendements parlementaires au projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027, dont le sort reste inconnu au 5 novembre 2026. Le taux de 18,6 % des prélèvements sociaux, issu de la loi de finances pour 2026 et de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, constitue la référence connue.
Cession en décembre 2026 ou en janvier 2027 : le tableau comparatif
La comparaison porte sur une cession de titres par une personne physique soumise au prélèvement forfaitaire unique. Elle oppose un transfert de propriété au 20 décembre 2026 à un transfert au 15 janvier 2027.
| Critère | Signature et transfert en décembre 2026 | Signature et transfert en janvier 2027 |
|---|---|---|
| Année d'imposition de la plus-value | Revenus 2026 | Revenus 2027 |
| Déclaration et paiement | Déclaration au printemps 2027, paiement sur l'avis de 2027 | Déclaration au printemps 2028, paiement sur l'avis de 2028 |
| Taux applicables | Connus : 12,8 % et 18,6 %, soit 31,4 % | Dépendent des lois votées fin 2026 |
| Années de référence du lissage de la CEHR | 2024 et 2025 | 2025 et 2026 |
| Fenêtre de deux ans de l'abattement retraite | Départ en retraite au plus tard en décembre 2028 | Départ en retraite au plus tard en janvier 2029 |
| Pacte Papin (projet) | Hors champ | Abattement de 1 000 000 € pour une reprise salariée, si la mesure est adoptée |
| Complément de prix | Imposé l'année de perception | Imposé l'année de perception |
| Arrêté des comptes | Clôture au 31 décembre proche du closing | Comptes 2026 arrêtés après le closing |
| Contraintes de calendrier | Banques, conseils et signataires peu disponibles fin décembre | Conditions levées sans course contre la montre |
L'option globale pour le barème progressif, révocable pour les revenus perçus depuis 2026 selon l'article 200 A du Code général des impôts, se décide par année : la date de cession désigne aussi l'année où cette option se joue.
Exemple illustratif : un même closing à cinq semaines d'écart
Hypothèses simplifiées : dirigeant célibataire, plus-value de 1 500 000 € sur les titres de sa société de négoce, autres revenus stables donnant un revenu fiscal de référence de 150 000 € chaque année depuis 2024. Il liquidera sa retraite le 15 janvier 2029 et cessera ses fonctions au closing.
| Poste | Closing le 15 décembre 2026 | Closing le 20 janvier 2027 |
|---|---|---|
| Abattement retraite | Hors délai : 0 € | Dans le délai : 500 000 € |
| Impôt sur le revenu à 12,8 % | 1 500 000 × 12,8 % = 192 000 € | 1 000 000 × 12,8 % = 128 000 € |
| Prélèvements sociaux à 18,6 % | 1 500 000 × 18,6 % = 279 000 € | 1 500 000 × 18,6 % = 279 000 € |
| CEHR avec lissage | 47 000 € | 47 000 € |
| Total | 518 000 € | 454 000 € |
La CEHR se calcule sur un revenu fiscal de référence de 1 650 000 €, l'abattement étant réintégré dans ce revenu selon l'administration. Le lissage retient la moyenne de 150 000 €, ajoute la moitié de l'excédent, soit 750 000 €, et taxe cette base de 900 000 € : 7 500 € plus 16 000 €, soit 23 500 €, multipliés par deux. Sans lissage, la contribution atteindrait 53 500 €.
Décaler le closing de cinq semaines économise 64 000 € dans ce cas, et reporte l'impôt d'un an. Si le repreneur était un salarié et le pacte Papin adopté, l'impôt sur le revenu tomberait à 64 000 €. Le calcul exclut l'impôt au barème sur les autres revenus et la CDHR, qui peut s'ajouter dans cette configuration et se simule à part.
Dividendes avant la vente, arrêtés comptables et calendrier d'un closing de fin d'année
Un dividende versé avant la cession réduit la trésorerie cédée et donc le prix, mais il est imposé l'année de son versement et grossit le revenu fiscal de référence de cette année. En fin d'année, il se coordonne avec la date de cession pour éviter de cumuler deux revenus exceptionnels sur la même année.
Distribuer en 2026 puis céder en janvier 2027 sépare les deux flux sur deux années, au risque de priver la cession du lissage de la CEHR si le dividende fait dépasser le seuil en 2026. Lorsque l'abattement retraite est disponible, laisser la trésorerie dans le prix se révèle souvent moins coûteux ; le traitement du dividende au barème est détaillé dans la fiche sur l'abattement de 40 % sur les dividendes.
Les arrêtés comptables pèsent aussi sur le calendrier. Un closing au 31 décembre aligne le transfert sur la clôture de l'exercice et simplifie l'ajustement de prix sur comptes de clôture. Un closing en janvier fonctionne mieux avec un mécanisme de locked box fondé sur un bilan de référence antérieur.
Un closing de fin d'année réaliste suit un ordre précis :
- arrêter la date cible de transfert après simulation fiscale, au plus tard à l'automne ;
- informer les salariés avant la vente : depuis la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026, le délai est d'un mois dans les entreprises de moins de 50 salariés ;
- signer le protocole et engager les démarches liées aux conditions suspensives, offre de prêt du repreneur en tête ;
- réunir les approbations sociales : agrément, renonciation aux droits de préemption, assemblées ;
- lever les conditions, établir les ordres de mouvement et organiser le paiement et les séquestres ;
- signer le closing, inscrire les titres au compte de l'acheteur et conserver la preuve datée du transfert.
Céder son entreprise en fin d'année : le coût d'un closing précipité
Gagner quelques dizaines de milliers d'euros d'impôt en tenant une date peut coûter davantage en prix ou en garanties. Un repreneur qui sait le cédant pressé par le 31 décembre dispose d'un levier de négociation sur les derniers points ouverts.
Les concessions de fin de parcours prennent des formes précises : baisse de prix au vu d'un audit inachevé, plafond relevé de la garantie d'actif et de passif, séquestre plus long, crédit-vendeur accepté pour boucler le financement. Par hypothèse, une concession de 5 % sur un prix de 3 000 000 € représente 150 000 €, plus que l'économie de l'exemple illustratif.
Le raisonnement inverse vaut aussi : retarder une cession prête pour attendre une mesure en projet expose à un retournement du marché, du repreneur ou de la loi. La date fiscale optimale reste un critère parmi d'autres, après le prix, les garanties et la sécurité du paiement. Le guide de la cession d'entreprise replace ce choix dans l'ensemble du processus, et la fiscalité de la cession d'entreprise détaille le calcul complet de la plus-value.
Pour arbitrer la date de votre closing au vu de votre situation, vous pouvez échanger avec votre agent M&A, point de contact de votre dossier jusqu'à la signature.
Questions fréquentes
La date de signature de la lettre d'intention compte-t-elle pour l'impôt ?
Peut-on prévoir une date d'effet comptable au 1er janvier pour une cession signée en décembre ?
Quand paie-t-on l'impôt sur une plus-value réalisée en décembre 2026 ?
Un couple marié peut-il répartir la cession sur deux années pour réduire la contribution sur les hauts revenus ?
Le régime de la CDHR s'applique-t-il encore aux plus-values de 2026 ?
Sources
- Fait générateur de l'imposition des plus-values de cession de valeurs mobilières (BOI-RPPM-PVBMI-30-10-10)
- Article 150-0 A du Code général des impôts (complément de prix, 2 du I)
- Complément du prix de cession (BOI-RPPM-PVBMI-20-10-10-20)
- Article 150-0 D ter du Code général des impôts (abattement fixe des dirigeants partant à la retraite)
- Dirigeant de PME partant à la retraite : comment sera imposée la plus-value ?
- Abattement fixe des dirigeants partant à la retraite, modalités d'application (BOI-RPPM-PVBMI-20-40-20)
- Article 223 sexies du Code général des impôts (contribution exceptionnelle sur les hauts revenus)
- Contribution différentielle sur les hauts revenus (ACTU-2026-00104)
- Article 200 A du Code général des impôts (prélèvement forfaitaire unique)
- Loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026
- Projet de loi de finances pour 2027 (n° 3210), dossier législatif
- Loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique
