Fiscalité
Pacte Dutreil 2026 : les changements votés et leur entrée en vigueur
Le pacte Dutreil 2026 conserve l'exonération de 75 % des droits de mutation à titre gratuit, mais la loi de finances pour 2026 en modifie deux paramètres. Selon l'article 8 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026, commenté au BOFiP le 10 août 2026, l'engagement individuel de conservation passe de quatre à six ans et certains biens somptuaires sortent de l'assiette exonérée, pour les transmissions intervenues depuis le 21 février 2026. Vous trouverez ici les deux mesures adoptées, le sort des pactes en cours, les propositions écartées et un calendrier de préparation pour une transmission familiale.
Le pacte Dutreil 2026 conserve son avantage central, l'exonération de 75 % des droits de mutation à titre gratuit, et change deux paramètres : la durée de l'engagement individuel de conservation et le périmètre des actifs retenus dans l'assiette exonérée. Ces modifications résultent de l'article 8 de la loi de finances pour 2026 et s'appliquent aux transmissions intervenues depuis le 21 février 2026.
Pour une famille engagée dans la préparation d'une transmission, la question pratique est double : les engagements déjà signés sont-ils affectés, et quels actifs du bilan appellent une vérification avant de passer chez le notaire ? Cette analyse détaille les deux mesures adoptées, leur date d'effet, le sort des pactes en cours, les propositions finalement écartées et les conséquences opérationnelles.
Pacte Dutreil 2026 : deux changements votés par la loi de finances
Le pacte Dutreil 2026 change sur deux points votés par la loi de finances : un engagement individuel plus long et l'exclusion de certains biens de l'assiette exonérée. La loi n° 2026-103 du 19 février 2026 a été publiée au Journal officiel du 20 février ; son article 8 modifie les articles 787 B et 787 C du Code général des impôts.
Les deux mesures adoptées sont les suivantes :
- l'allongement de l'engagement individuel de conservation, porté de quatre à six ans ;
- l'exclusion de l'assiette exonérée de la fraction de valeur des titres correspondant à certains biens non affectés de manière exclusive à l'activité de la société.
Le taux de 75 %, les seuils de détention de l'engagement collectif, la durée de deux ans de cet engagement collectif et la fonction de direction de trois ans après la transmission demeurent inchangés. Le mécanisme complet est décrit dans notre fiche consacrée au pacte Dutreil et à ses conditions.
L'administration a commenté ces mesures au Bulletin officiel des finances publiques le 10 août 2026, dans une actualité dédiée au recentrage du dispositif.
Engagement individuel porté à six ans : huit ans de conservation au total
L'engagement individuel de conservation passe de quatre à six ans pour les transmissions intervenues depuis le 21 février 2026. Il court à compter de l'expiration de l'engagement collectif de conservation. En additionnant les deux étapes, la durée minimale de conservation des titres atteint désormais huit ans, contre six auparavant.
| Étape | Durée avant réforme | Durée depuis le 21 février 2026 |
|---|---|---|
| Engagement collectif de conservation | 2 ans | 2 ans |
| Engagement individuel de conservation | 4 ans | 6 ans |
| Durée cumulée minimale | 6 ans | 8 ans |
| Fonction de direction après la transmission | 3 ans | 3 ans |
L'effet le plus direct porte sur la liberté capitalistique de la génération suivante. Un enfant devenu associé à 35 ans reste tenu jusqu'à ses 43 ans au moins. Une cession du groupe, l'entrée d'un fonds ou un rachat entre héritiers pendant cette période remet en cause l'exonération sur les titres concernés.
L'article 787 C, applicable aux entreprises individuelles, suit la même trajectoire : les biens affectés à l'exploitation reçus par donation ou succession se conservent pendant six ans.
Biens somptuaires exclus du pacte Dutreil depuis le 21 février 2026
Depuis le 21 février 2026, la fraction de valeur des titres représentative de biens somptuaires non affectés exclusivement à l'activité sort de l'assiette exonérée du pacte Dutreil. L'exonération ne s'applique plus à cette fraction de la valeur vénale lorsque ces éléments n'ont pas été affectés de manière exclusive à l'activité pendant les trois années précédant la transmission ou, à défaut, depuis leur acquisition.
Les biens visés par l'article 787 B révisé sont énumérés limitativement :
- les biens affectés à l'exercice de la chasse ou de la pêche ;
- les véhicules de tourisme, yachts, bateaux de plaisance et aéronefs ;
- les bijoux, métaux précieux, objets d'art, de collection ou d'antiquité ;
- les chevaux de course ou de concours ;
- les vins et alcools ;
- les logements et résidences.
L'exclusion joue par fraction de valeur, et non par disqualification totale de la société. Une PME dont le bilan comporte un appartement non professionnel valorisé 300 000 € sur un actif de 5 000 000 € perd l'exonération sur la quote-part correspondante, soit 6 % de la valeur des titres, et conserve l'avantage sur le solde.
Prouver l'affectation exclusive à l'activité
La condition posée par le texte porte sur une affectation exclusive à l'activité, appréciée pendant les trois années précédant la transmission ou, pour un bien plus récent, depuis son acquisition. Un usage mixte, professionnel et privé, suffit à faire sortir le bien de l'assiette exonérée.
La démonstration repose sur des éléments objectifs : inscription au bilan, carnet d'utilisation, contrats d'assurance professionnels, absence de mise à disposition privative d'un dirigeant ou d'un associé, cohérence avec l'objet social. Un logement affecté au gardiennage d'un site industriel, un véhicule utilisé par une équipe d'intervention ou un stock de vins chez un négociant restent dans le champ de l'exonération, sous réserve de cette preuve.
La trésorerie, les placements, les immeubles d'exploitation et les actifs numériques restent dans l'assiette exonérée. L'exclusion s'étend en revanche aux mêmes catégories de biens détenues par les filiales contrôlées du groupe : la revue du patrimoine social se mène donc au niveau consolidé.
Transmissions concernées et engagements déjà en cours
Les règles nouvelles visent les transmissions dont le fait générateur, acte de donation ou décès, intervient à compter du 21 février 2026 ; les engagements antérieurs gardent leur durée. Le critère de rattachement est donc la date de l'acte de donation, ou la date du décès pour une succession, le 21 février 2026 correspondant au lendemain de la publication de la loi.
Le texte ne comporte pas de disposition transitoire. Un engagement individuel souscrit à la suite d'une donation antérieure conserve la durée applicable au jour de cette donation, soit quatre ans. Un engagement collectif signé avant la réforme continue de produire ses effets : sa durée n'a pas changé, et il permet toujours d'atteindre le fait générateur dans les conditions prévues.
Le point de vigilance se situe ailleurs. Un engagement collectif signé en 2025 ouvre la voie à une donation réalisée en 2027 ; cette donation, elle, relèvera bien des règles issues de la loi de finances pour 2026. La composition du bilan au jour de la donation devient alors déterminante.
Une famille peut donc se retrouver avec deux régimes coexistant au sein de la même fratrie : un enfant ayant reçu des titres en 2024 sous engagement de quatre ans, un autre recevant une donation complémentaire en 2027 sous engagement de six ans. Le suivi des échéances, déjà exigeant, appelle un tableau de bord tenu par la famille ou son conseil, avec les dates de fin d'engagement individuel et la date d'expiration de la fonction de direction.
Mesures débattues puis écartées du texte définitif
Trois mesures débattues au Parlement ont été écartées du texte définitif : la suppression de l'engagement réputé acquis, l'encadrement du family buy out et un critère d'âge des donataires. Les signaler évite de raisonner sur des règles imaginaires.
- La suppression de l'engagement réputé acquis a été discutée. Le mécanisme subsiste : un dirigeant remplissant depuis deux ans les conditions de seuil et d'activité professionnelle principale continue d'en bénéficier.
- L'encadrement du family buy out par une clause anti-abus visant les opérations financées principalement par endettement a été envisagé, puis retiré.
- Un critère d'âge des donataires, adopté en première lecture à l'Assemblée nationale, a été rejeté au Sénat et ne figure pas dans la loi.
Ces abandons expliquent la formule employée par plusieurs commentateurs : une réforme de recentrage plutôt qu'un démantèlement. Le dispositif garde son architecture et sa puissance.
Conséquences pour une transmission familiale en préparation
Une transmission familiale en préparation appelle quatre chantiers : cartographier les actifs sensibles, allonger l'horizon de gouvernance, vérifier la structure de tête et réexaminer l'équilibre entre donation et vente.
Cartographier les actifs sensibles du bilan. Véhicules, logements, œuvres d'art, collections de vins : chaque poste appelle une justification d'affectation exclusive à l'activité sur trois ans. Une sortie anticipée de ces biens du patrimoine social, par distribution ou par vente, se prépare longtemps avant la donation, avec ses propres conséquences fiscales.
Rallonger l'horizon de gouvernance familiale. Huit ans d'engagement supposent un pacte d'associés cohérent : clauses de sortie, gestion des désaccords, sort du conjoint, traitement des enfants non repreneurs. Les dispositions rédigées pour six ans méritent une relecture.
Vérifier la qualification de la structure de tête. Lorsque les titres transmis sont ceux d'une holding, l'exclusion des biens somptuaires se combine avec les critères d'animation. Notre analyse du pacte Dutreil appliqué à une holding détaille ce point, souvent décisif pour un groupe familial.
Réexaminer l'équilibre entre donation et vente. L'allongement à huit ans rapproche l'horizon Dutreil de celui d'un projet entrepreneurial complet. Pour un enfant peu impliqué dans l'exploitation, l'engagement devient une contrainte lourde ; la donation de la seule nue-propriété, ou une transmission partielle suivie d'une vente du solde, mérite alors d'être chiffrée, en s'appuyant par exemple sur les analyses de France Capital Transmission consacrées à la transmission familiale. La réduction de droits de 50 % avant les soixante-dix ans du donateur reste, dans tous les cas, le paramètre de calendrier le plus déterminant.
Pour les dirigeants qui comparent transmission familiale et vente à un tiers, notre guide de la fiscalité de la cession d'entreprise et notre fiche sur la cession au moment du départ en retraite présentent l'autre branche de l'arbitrage. Vous pouvez échanger avec votre agent M&A pour situer votre dossier entre ces deux voies.
Calendrier du pacte Dutreil 2026 : les échéances à caler
Le calendrier du pacte Dutreil 2026 se construit à rebours, en partant de la date de transmission souhaitée pour remonter jusqu'à la signature de l'engagement collectif.
- Vingt-quatre mois avant la donation : signature et enregistrement de l'engagement collectif de conservation, sauf engagement réputé acquis.
- Douze à dix-huit mois avant : audit du bilan, traitement des biens exclus, mise à jour des statuts et du pacte d'associés.
- Six mois avant : valorisation de la société, choix entre pleine propriété et démembrement, arbitrage sur la réduction de droits liée à l'âge du donateur.
- Jour de la donation : acte notarié, attestations exigées par l'administration, demande éventuelle de paiement différé et fractionné.
- Huit années suivantes : respect des engagements, exercice de la fonction de direction pendant trois ans, attestation finale à l'issue de l'engagement individuel.
La comparaison avec les mesures des lois de finances précédentes, notamment les mesures de la loi de finances pour 2025, montre une constante : chaque texte resserre les conditions sans toucher au taux de 75 %. Cette stabilité relative justifie d'anticiper plutôt que d'attendre un contexte plus favorable. Les autres modes de transmission restent décrits dans notre panorama de la cession d'entreprise.
Questions fréquentes
L'exonération de 75 % a-t-elle été réduite en 2026 ?
Un engagement individuel signé en 2025 passe-t-il automatiquement à six ans ?
La trésorerie de la société reste-t-elle dans l'assiette exonérée ?
Comment prouver l'affectation exclusive d'un bien à l'activité ?
Faut-il repousser une donation prévue en 2026 ?
Les entreprises individuelles sont-elles concernées par l'allongement à six ans ?
Sources
- LOI n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026
- Article 787 B du Code général des impôts, version en vigueur au 21 février 2026
- ACTU-2026-00114 : exclusion de certains biens dits « somptuaires » et allongement de la durée d'engagement individuel
- Article 787 C du Code général des impôts (entreprises individuelles)
- BOI-ENR-DMTG-10-20-40-10 : exonération partielle en raison de la nature du bien transmis
