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Reprise entreprise

Reprise d'une entreprise : racheter les titres ou le fonds de commerce

La reprise d'une entreprise s'opère par le rachat des titres de la société, qui transfère la personne morale avec son passif, ou par le rachat du fonds de commerce, qui transfère la seule activité. En 2026, selon l'article 726 du Code général des impôts, une cession d'actions supporte 0,1 % de droits d'enregistrement et une cession de parts sociales 3 % après abattement. L'article 719 applique à un fonds de commerce un barème de 0 %, 3 % puis 5 %. Ce guide compare les deux voies, puis détaille la garantie d'actif et de passif, le transfert des salariés, le bail et la reprise à la barre du tribunal.

La reprise d'une entreprise emprunte deux chemins juridiques différents : le rachat des titres de la société, ou le rachat du fonds de commerce qu'elle exploite. Le premier transfère la personne morale entière, avec son passé ; le second transfère l'activité seule, en laissant les dettes au vendeur.

Ce choix commande le périmètre repris, les droits d'enregistrement dus, les garanties à négocier, les formalités de publicité et le sort des salariés. Il se tranche avant la lettre d'intention, car il change l'offre de prix elle-même. Cette page compare les deux voies et détaille les points juridiques que le repreneur sécurise avant de signer.

Reprise d'une entreprise : deux objets juridiques distincts

La reprise d'une entreprise porte sur l'un de deux objets juridiques distincts : les titres de la société qui exploite l'activité, ou le fonds de commerce lui-même. L'objet du contrat détermine tout le reste. Racheter les titres revient à devenir associé ou actionnaire d'une société existante, avec ses actifs, ses dettes et son histoire. Racheter le fonds de commerce revient à acquérir un ensemble d'éléments d'exploitation, sans la structure juridique qui les portait.

Le fonds de commerce réunit des éléments incorporels — clientèle, enseigne, droit au bail, contrats transférés, marques et licences — et des éléments corporels : matériel, mobilier, agencements. Les créances, les dettes et la trésorerie restent en dehors du périmètre, sauf stipulation contraire.

Le choix dépend de trois facteurs : la nature du risque identifié en audit, la structure juridique du vendeur, et la fiscalité comparée des deux opérations pour chacune des parties. Une entreprise individuelle ne peut céder que son fonds ; une société peut vendre ses titres ou faire vendre son fonds par la société elle-même. Les formes de l'opération vues du côté du vendeur sont exposées dans notre page sur la cession d'entreprise.

Rachat des titres : la société continue avec son passif et ses contrats

La cession de titres porte sur les actions d'une SAS ou d'une SA, ou sur les parts sociales d'une SARL. La société reste la même personne morale : rien ne change pour ses cocontractants, et le repreneur reprend le passif, y compris inconnu.

Les contrats en cours se poursuivent sans formalité : bail, marchés clients, contrats fournisseurs, emprunts bancaires, agréments et autorisations d'exploiter. Deux réserves limitent cet automatisme. Certains contrats comportent une clause de changement de contrôle qui impose l'information ou l'accord du cocontractant. Certaines banques exigent le remboursement anticipé de leurs concours en cas de changement d'actionnaire majoritaire.

L'entrée du repreneur au capital obéit aux règles de la forme sociale. Dans une SARL, la cession de parts à un tiers suppose l'agrément des associés : la fiche officielle sur la cession de parts sociales rappelle la majorité requise, celle des associés représentant au moins la moitié des parts. Dans une SAS, les clauses d'agrément et de préemption figurent dans les statuts, qui se lisent intégralement avant l'offre.

L'acte se signe sous seing privé ou par voie électronique, puis s'enregistre auprès de l'administration fiscale dans le mois. La mise à jour des statuts et des registres de mouvements de titres suit immédiatement.

Rachat du fonds de commerce : l'activité change de mains, les dettes restent au vendeur

Le rachat du fonds de commerce transfère l'activité seule au repreneur, qui démarre avec un bilan vierge, tandis que les dettes antérieures restent à la charge du vendeur. Le repreneur acquiert la clientèle et les moyens de l'exploiter, isolés de la structure qui les portait.

Cette sécurité a une contrepartie : la discontinuité. Les contrats fournisseurs, les marchés publics, les autorisations administratives personnelles et les assurances se renégocient ou se redemandent. Seuls le bail commercial, les contrats de travail et les contrats d'assurance de l'exploitation suivent le fonds de plein droit.

Les formalités sont lourdes et encadrées, comme le détaille la fiche Cession du fonds de commerce à un tiers :

  1. Vérification du droit de préemption communal sur les fonds situés dans un périmètre de sauvegarde du commerce : la mairie dispose de deux mois pour l'exercer.
  2. Acte de cession détaillé, mentionnant le prix, les nantissements des dix dernières années et les résultats des trois derniers exercices.
  3. Publication dans un support d'annonces légales dans les quinze jours de la signature, puis au Bodacc.
  4. Opposition des créanciers ouverte pendant dix jours à compter de la publication au Bodacc, avec indisponibilité du prix ; la répartition amiable intervient dans les 105 jours suivant la vente.
  5. Solidarité fiscale de l'acquéreur prévue par l'article 1684 du Code général des impôts, plafonnée au prix du fonds, pendant 90 jours, délai ramené à 30 jours lorsque le vendeur a satisfait à ses obligations déclaratives et de paiement.

Le prix reste donc séquestré plusieurs mois chez le rédacteur de l'acte. Un vendeur pressé d'encaisser trouve là un argument de négociation pour le repreneur.

Titres ou fonds de commerce : tableau comparatif et droits d'enregistrement

À prix identique, le rachat des titres et celui du fonds de commerce diffèrent par le passif repris, le sort des contrats, la disponibilité du prix et les droits d'enregistrement. Le tableau ci-dessous résume ces conséquences pratiques.

Point de comparaison Rachat des titres Rachat du fonds de commerce
Objet transféré La société entière Les éléments d'exploitation
Passif antérieur Repris avec la société Conservé par le vendeur
Contrats clients et fournisseurs Poursuivis de plein droit À renégocier, sauf exceptions
Bail commercial Inchangé, la société reste locataire Cédé avec le fonds
Contrats de travail Poursuivis, employeur inchangé Transférés au nouvel employeur
Droits d'enregistrement 0,1 % sur actions ; 3 % après abattement sur parts sociales ; 5 % si prépondérance immobilière 0 % jusqu'à 23 000 €, 3 % jusqu'à 200 000 €, 5 % au-delà
Disponibilité du prix pour le vendeur Immédiate Séquestrée pendant les délais d'opposition
Protection principale de l'acquéreur Garantie d'actif et de passif Absence de reprise du passif

Les taux applicables aux droits sociaux figurent à l'article 726 du Code général des impôts. L'abattement de 23 000 € sur une cession de parts sociales se calcule part par part : il correspond au rapport entre 23 000 € et le nombre total de parts de la société, appliqué aux seules parts cédées.

Pour le fonds de commerce, l'article 719 du même code fixe un barème par tranches. Taxes départementale et communale comprises, le taux global atteint 3 % entre 23 000 € et 200 000 €, puis 5 % au-delà, avec une perception minimale de 25 €. Sur une même valeur d'entreprise, l'écart de droits entre un rachat d'actions et un rachat de fonds se chiffre en dizaines de milliers d'euros. Le détail du budget d'acquisition est traité dans notre page sur l'achat d'entreprise.

Garantie d'actif et de passif : la protection contractuelle du repreneur

La garantie d'actif et de passif oblige le cédant de titres à indemniser le repreneur des dettes nées avant la vente et révélées après, dans les limites négociées. Un rachat de titres expose en effet l'acquéreur à ces dettes : redressement fiscal, litige prud'homal, sinistre non déclaré, créance douteuse. La garantie couvre les écarts entre la situation déclarée et la situation réelle.

Cinq paramètres se négocient et méritent chacun une discussion séparée :

  • L'assiette. Le périmètre des déclarations du cédant : comptabilité, fiscalité, social, contentieux, propriété intellectuelle, conformité environnementale.
  • Le plafond. Le montant maximal d'indemnisation, souvent exprimé en pourcentage du prix.
  • La durée. Trois ans est courant pour les sujets généraux, avec un alignement sur les délais de prescription fiscale et sociale.
  • Le seuil de déclenchement. Une franchise en dessous de laquelle le cédant ne doit rien, destinée à écarter les réclamations mineures.
  • La contre-garantie. Séquestre d'une partie du prix, garantie bancaire à première demande ou caution ; sans elle, la garantie dépend entièrement de la solvabilité du vendeur à l'échéance.

Ces clauses se rédigent dans le protocole d'accord de reprise, avec une procédure de notification des réclamations dont le respect conditionne l'indemnisation.

Transfert des contrats de travail : l'article L. 1224-1 du Code du travail

Lors d'un rachat de fonds de commerce, les contrats de travail en cours passent de plein droit au repreneur, en application d'une règle d'ordre public du Code du travail. L'article L. 1224-1 du Code du travail dispose que tous les contrats de travail en cours subsistent entre le nouvel employeur et le personnel lorsqu'une modification survient dans la situation juridique de l'employeur, notamment par vente, fusion ou transformation du fonds.

La règle joue de plein droit lors d'un rachat de fonds de commerce. Les salariés conservent leur ancienneté, leur rémunération, leur qualification et les clauses de leur contrat. Le nouvel employeur reprend aussi les obligations qui incombaient au précédent à la date du changement, sauf en cas de procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire. Une convention entre vendeur et acheteur destinée à écarter ce texte est privée d'effet.

En rachat de titres, la question ne se pose pas : l'employeur demeure la même société. Le repreneur hérite malgré tout de la situation sociale existante, heures supplémentaires, accords d'entreprise et contentieux compris.

L'information préalable des salariés incombe au vendeur, selon des règles distinctes exposées dans notre page sur l'information des salariés avant la vente. Depuis le 27 juillet 2026, l'information directe vise les entreprises de moins de 50 salariés, un mois au plus tard avant la vente.

Bail commercial, agréments et autorisations à sécuriser avant la signature

Avant la signature, le repreneur sécurise le bail commercial, les autorisations d'exploiter, les qualifications professionnelles et les contrats conclus en considération de la personne du cédant. Le bail est souvent l'actif le plus sensible d'une reprise, et le plus négligé dans les premières discussions. Sa durée résiduelle, son loyer, sa destination et ses clauses de cession conditionnent la valeur de l'activité reprise.

L'article L. 145-16 du Code de commerce répute non écrites les conventions interdisant au locataire de céder son bail à l'acquéreur de son fonds de commerce. Le bailleur garde en revanche des prérogatives valables : agrément préalable, intervention à l'acte, clause de garantie solidaire du cédant pendant une durée limitée, obligation de signification. Le repreneur lit donc le bail intégralement avant sa lettre d'intention, y compris les avenants.

Trois autres vérifications se mènent en parallèle :

  • Les autorisations d'exploiter propres au secteur : transport, sécurité privée, installations classées, agrément sanitaire, licence de débit de boissons. Certaines sont attachées à la société, d'autres à la personne du dirigeant.
  • Les qualifications professionnelles exigées pour l'activité, à détenir par le repreneur ou par un salarié qualifié présent dans l'entreprise.
  • Les contrats intuitu personae, franchises, concessions et distributions exclusives, dont la poursuite suppose l'accord exprès du concédant.

Le déroulé complet de l'opération, des premiers échanges au closing, figure dans notre guide de la reprise d'entreprise, et les questions de préparation du projet dans notre page sur la reprise d'entreprise pas à pas.

Reprise d'une entreprise en difficulté : le plan de cession arrêté par le tribunal

Une entreprise en redressement ou en liquidation judiciaire se reprend par un plan de cession, régi par les articles L. 642-1 et suivants du Code de commerce. Le tribunal arrête l'offre qui assure le mieux le maintien des activités susceptibles d'exploitation autonome, la préservation des emplois attachés et l'apurement du passif.

Quatre différences majeures séparent cette voie d'une reprise classique :

  1. Le calendrier. Quelques semaines entre l'appel d'offres et l'audience, sans commune mesure avec les mois d'une opération négociée.
  2. La fermeté de l'offre. L'offre déposée ne peut pas comporter de condition suspensive de financement : le repreneur présente un financement déjà acquis.
  3. Le périmètre choisi. L'offre désigne les actifs, les contrats et les emplois repris ; le passif antérieur reste dans la procédure.
  4. Les personnes exclues. Le débiteur, les dirigeants de droit ou de fait, leurs parents jusqu'au deuxième degré et les contrôleurs ne peuvent pas présenter d'offre, directement ou par personne interposée.

Le jugement arrêtant le plan impose le transfert des contrats de crédit-bail, de location ou de fourniture nécessaires au maintien de l'activité, malgré les clauses contraires. Cette faculté donne au repreneur une prise que la négociation amiable ne procure pas.

Une nuance s'impose. Le prix d'acquisition bas d'une reprise à la barre finance en réalité le redressement à conduire : trésorerie de démarrage, investissements différés, reconstitution d'un carnet de commandes et reconquête de fournisseurs échaudés. Les repreneurs qui réussissent sur ce terrain connaissent déjà le métier et disposent d'une structure capable d'absorber plusieurs mois de pertes. Un candidat souhaitant examiner l'une ou l'autre voie peut présenter son projet lors d'un échange confidentiel.

Questions fréquentes

Le repreneur reprend-il les dettes de l'entreprise ?
En rachat de titres, oui : la société conserve sa personnalité juridique et donc son passif, y compris les dettes inconnues au jour de la vente. La garantie d'actif et de passif organise l'indemnisation du repreneur par le cédant. En rachat de fonds de commerce, les dettes du vendeur restent à sa charge, à l'exception de la solidarité fiscale temporaire prévue par l'article 1684 du Code général des impôts.
Les salariés changent-ils de contrat lors d'une reprise ?
Les contrats de travail se poursuivent automatiquement avec le nouvel employeur, en application de l'article L. 1224-1 du Code du travail. L'ancienneté, la rémunération, la qualification et les clauses individuelles subsistent. Le repreneur reprend également les obligations pesant sur l'ancien employeur à la date du transfert, sauf en cas de procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire.
Qui paie les droits d'enregistrement lors d'une reprise ?
L'acquéreur les règle en pratique, sauf clause contraire de l'acte. Une cession d'actions supporte 0,1 % du prix, une cession de parts sociales 3 % après un abattement de 23 000 € réparti sur le nombre total de parts, et une société à prépondérance immobilière 5 %. Pour un fonds de commerce, le barème de l'article 719 du Code général des impôts applique 0 %, puis 3 %, puis 5 % au-delà de 200 000 €.
Le bailleur peut-il refuser la reprise du bail commercial ?
Une clause interdisant au locataire de céder son bail à l'acquéreur de son fonds de commerce est réputée non écrite, selon l'article L. 145-16 du Code de commerce. Le bailleur conserve en revanche la possibilité d'imposer des formalités valides : agrément préalable, intervention à l'acte, garantie solidaire du cédant. Le repreneur lit donc le bail avant de signer sa lettre d'intention.
Combien de temps le prix d'un fonds de commerce reste-t-il bloqué ?
Le prix est séquestré pendant la période d'opposition des créanciers, qui court dix jours à compter de la publication au Bodacc, puis pendant la durée de la solidarité fiscale de l'acquéreur. La répartition amiable du prix intervient dans les 105 jours suivant la vente. La solidarité fiscale dure 90 jours, réduits à 30 jours lorsque le vendeur a respecté ses obligations déclaratives.
Une entreprise en redressement judiciaire peut-elle être reprise ?
Oui, par un plan de cession arrêté par le tribunal sur le fondement des articles L. 642-1 et suivants du Code de commerce. Le tribunal retient l'offre qui assure le mieux le maintien de l'activité, la préservation des emplois et l'apurement du passif. Le débiteur, les dirigeants et leurs parents jusqu'au deuxième degré ne peuvent pas présenter d'offre, directement ou par personne interposée.

Sources

  1. Article 726 du Code général des impôts (cessions de droits sociaux)Légifrance, 1 janvier 2024
  2. Article 719 du Code général des impôts (mutations de fonds de commerce)Légifrance, 6 août 2008
  3. Article L. 1224-1 du Code du travail (transfert des contrats de travail)Légifrance, 1 mai 2008
  4. Article 1684 du Code général des impôts (solidarité de l'acquéreur)Légifrance, 1 janvier 2019
  5. Articles L. 642-1 à L. 642-17 du Code de commerce (cession de l'entreprise)Légifrance
  6. Cession du fonds de commerce à un tiersEntreprendre.Service-Public.fr, 22 juillet 2026
  7. Cession de parts sociales d'une société à responsabilité limitée (SARL / EURL)Entreprendre.Service-Public.fr, 22 juillet 2026

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