Olivier Delpech

12 janvier 2015

Isabelle Marie

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Pourquoi avoir eu le désir de reprendre une PME ?
Bien que j’ai toujours eu la fibre entrepreneuriale, je suis resté durant une vingtaine d’années dans des multinationales ; il est vrai au sein de groupes assez exceptionnels comme Danone, LVMH et Michelin en France et à l’étranger. Mon dernier poste a été la direction d’une importante usine Michelin à Joué-lès-Tours.  Au fil du temps, J’ai eu envie de devenir mon propre patron. Je souhaitais consacrer toute mon énergie à une plus petite équipe. De plus, après 14 déménagements du fait de ma vie professionnelle, mon épouse et moi avons ressenti l’envie de nous poser. J’ai quitté Michelin fin janvier 2013 et j’ai racheté Graphival le 1er juillet de la même année.

Pourquoi avoir repris dans le secteur de l’imprimerie ?
Mon rêve était d’attaquer le marché du vin au niveau des étiquettes et des cartons afin de proposer aux vignerons de la région un bouquet de services allant de la création de leur communication jusqu’à la fabrication de ces éléments. Je souhaitais également trouver une entreprise dont l’équipement soit amorti et qui soit d’une certaine taille. Il se trouve que mes critères correspondaient exactement à la carte d’identité de Graphival. Graphival est une imprimerie off set et numérique, avec, de plus, une activité d’impression d’adhésif, de fonds de stand et de rool up. Depuis la reprise, nous lui avons adjoint un département  communication. L’entreprise compte aujourd’hui 18 salariés. J’ai recruté 4 personnes depuis la reprise. Le chiffre d’affaires s’élève à 2,2 millions d’euros soit une progression de 15 % par rapport à l’année de la reprise.

Comment avez-vous procédé pour trouver votre cible ?
Quand j’ai quitté Michelin, je suis allé voir mes contacts au Medef, à la CCI et dans différents autres réseaux afin de les informer de ma volonté de racheter une entreprise. Dans le même temps, j’ai fait du bénévolat dans une entreprise de réinsertion où j’ai parlé avec d’autres bénévoles du type d’entreprise que je souhaitais reprendre. Le hasard fait que deux bénévoles ont parlé de moi au dirigeant de Graphival et nous nous sommes alors rencontrés. Rapidement, le cédant m’a confié avoir trois possibilités : soit ne pas réinvestir et en quelques années l’entreprise serait nettement moins florissante, soit réinvestir mais il ne s’en sentait plus l’énergie, soit trouver un repreneur qui souhaite développer Graphival. Tous les professionnels de la transmission disent qu’il ne faut pas se précipiter sur la première cible qui vous est présenté. C’est pourtant ce que j’ai fait.

Comment avez-vous fonctionné avec vos conseils pour mener à bien cette opération de reprise ?
Nous avons fonctionné en équipe projet avec un notaire d’affaires, un expert-comptable, un spécialiste des aides et un courtier pour le crédit bancaire. Le fait de travailler en équipe projet permet de gagner beaucoup de temps en évitant de multiples allers et retours entre le repreneur et ses différents conseils. Par exemple, sur le fait de savoir quelle est la meilleure structure juridique et comptable qui soit acceptable par les banques et qui permette d’avoir des aides, tous mes conseils ont tenu une réunion sur cet aspect et ont dégagé assez rapidement une solution convenant à chacun selon son domaine d’intervention. Pour moi, l’un des principaux enjeux a donc été de m’entourer rapidement de personnes de confiance.

Quel a été le prix de cession et comment ont été menées les négociations ?
J’ai acheté l’entreprise pour près d’un million d’euros. J’ai repris une entreprise dans un secteur compliqué. En effet, 80 % des imprimeries ont disparues en 7 ans. Donc, en théorie, je pouvais espérer une décote du fait de ce contexte. Mais l’entreprise se portait très bien au moment de la vente, et c’est toujours le cas, donc il n’y a pas eu de décote, ce qui est logique. Nous avons tout fait avec le vendeur afin que nos rapports ne se détériorent pas pour une histoire, par exemple, de crédit d’impôt de quelques milliers d’euros. Bien évidemment, chaque partie a défendu ses positions mais il y avait une relation de confiance. Je lui ai rapidement indiqué ma fourchette de prix. Je lui ai aussi précisé le montant de l’investissement que je souhaitais consentir ainsi que le coût de l’accompagnement afin qu’il possède tous les éléments pour décider de poursuivre avec moi ou non. Ensuite, nous avons laissé nos conseils travailler sur la négociation du prix de cession. J’ai fixé une enveloppe à mes conseils et ensuite ils ont fait leur job. Je ne pense pas que j’aurai pu apporter une valeur ajoutée en me mêlant des négociations.

Comment avez-vous financé cette reprise de Graphival ?
J’ai acheté en deux fois à la demande du cédant du fait des changements incessants sur le plan de la législation fiscale. Cela lui a permis de limiter les incertitudes en la matière. Par ailleurs, je suis allé voir la BPI pour solliciter un prêt même s’ils sont un peu plus « chers » que d’autres banques. Mais c’est aussi cela qui permet à la BPI d’exercer son activité de garantie. J’ai donc mené cette démarche dans une optique citoyenne. Trois autres banques m’ont également suivie pour finaliser l’opération. Ces  trois établissements fonctionnent très bien ensemble. Aujourd’hui, je suis en phase de développement, il m’arrive de faire des réunions avec ces trois partenaires bancaires en même temps. J’ai également obtenu le soutien de réseaux d’accompagnement, à savoir Réseau Entreprendre, Total Entreprendre et Initiative France.

Avez-vous opté pour une période d’accompagnement ?
Le cédant m’a accompagné durant 6 mois notamment pour faire le tour des clients. Cet accompagnement a aussi été nécessaire du fait d’un niveau élevé d’activité à cette période. Mais, il faut le temps pour ce faire « digérer » par l’entreprise. Par ailleurs, il a fallu beaucoup communiquer pour que nos clients comprennent bien que nous proposons des activités nouvelles.

Quel conseil pourriez-vous donner aux entrepreneurs intéressés par une reprise ?
Pour moi, l’élément fondamental est d’être suivi et soutenu dans son projet par sa cellule familiale. Une opération de reprise est stressante, il faut être sûr que sa famille puisse y faire face, y compris sur le plan financier. Quand vous dites à votre épouse, j’ai un projet de reprise mais il faut que l’on vende tout et nous allons diviser nos revenus par deux durant sept ans, Sa réaction n’est pas forcément enthousiaste tout de suite ! Si la famille ne suit pas, je pense qu’il ne faut pas s’engager dans l’aventure. Car dans les moments de difficulté et de doute, le soutien familial s’avère primordiale. Selon moi, il s’agit d’une vraie condition du succès.