Jean-Michel Werling

5 février 2013

Isabelle Marie

""Quel a été votre parcours avant la reprise du groupe Albin Paget ?
J’ai effectué une bonne partie de ma carrière dans le marketing au sein de grands groupes, notamment Saint-Louis pour lequel j’ai dirigé des filiales. J’ai déjà repris une entreprise, au sein du groupe Bata. Puis j’ai créé une entreprise dans le domaine de la botte grand froid en Suède. Enfin, durant quatre ans, j’ai été à la tête d’une filiale du groupe lunetier L’Amy.

Pourquoi avoir opté pour la reprise d’entreprise et pourquoi dans le secteur de la lunette ?
Je connais bien ce secteur et j’avais envie de continuer dans les métiers de la lunette. J’ai été mis en relation avec Thibaut Mortier avec qui nous avons décidé de reprendre une entreprise. Nous avons rencontré les gens qui comptent dans ce secteur. Le milieu lunétier connaissait donc notre volonté de trouver une opportunité. Nous étions, dans un premier temps, sur un autre dossier puis nous avons rencontré Clément Paget, le dirigeant du groupe Albin Paget. Il n’était alors pas en position de vendre.

Comment avez-vous alors convaincu ce cédant qui n’en était pas vraiment un ?
Nous sommes parvenus assez rapidement à trouver un consensus avec la famille. D’autres personnes avaient aussi approché Clément Paget. Nous l’avons convaincu pour un ensemble de raisons et notamment du fait de notre volonté d’injecter davantage de marketing dans l’entreprise et de la développer à l’international. Par ailleurs, nous avons gardé la famille au sein de l’entreprise

Comment avez-vous monté votre plan de financement ?
Nous avions trouvé un accord avec une banque qui s’est finalement retirée. Nous avons donc rediscuté des conditions avec la famille, ce qui a retardé le processus de quelques mois. Au final, avec mon associé nous avons pu apporter les fonds nécessaires  sans emprunt bancaire. Nous bénéficions par ailleurs d’un crédit vendeur ainsi que d’une clause d’earn out. Nous avons signé la reprise le 19 décembre 2012.

Quels sont les avantages et inconvénients de reprendre avec un associé ?
Je vois plutôt des avantages. Avec Thibaut Mortier, nous avons des profils différents mais très complémentaires. Ce dernier, ingénieur, s’occupe plus particulier de la production. Pour ma part, j’ai davantage de compétences pour les aspects marketing et design.

Quelle est votre stratégie de développement pour Albin Paget ( qui a réalisé 5,5 millions d’euros de chiffre d’affaires ?
Nous avons une stratégie de développement par le haut. Notre développement passe notamment par l’international. A l’étranger, la réputation de la France dans le domaine des lunettes est très bonne. Nous sommes en train de conclure deux nouveaux contrats de licence. Du fait de la conjoncture, le marché français est aujourd’hui difficile.

Avez-vous connu dans les premiers temps une certaine défiance des salariés, comme c’est souvent le cas lors d’une reprise ?
Les 65 salariés de l’entreprise n’étaient pas officiellement au courant de la cession même si quelques rumeurs couraient. Dès le premier jour, nous avons réuni l’ensemble du personnel afin de leur expliquer notre stratégie. Nous n’avons pas ressenti de sentiment de méfiance de leur part. Les relations sont bonnes. Il est vrai qu’il règne une vraie solidarité entre les salariés au sein d’Albin Paget.

Au vu de votre expérience, quels conseils pourriez-vous donner à des repreneurs potentiels ?
Il est important que le repreneur sache prendre le temps nécessaire. Il faut qu’il s’adapte au rythme du cédant. Il est aussi important qu’il prenne du recul. Enfin, le repreneur ne doit pas hésiter à investir les sommes nécessaires pour s’entourer des bons conseils. Il s’agit d’un investissement qu’il ne regrettera certainement pas.