Patrick Viguier

21 septembre 2012

Isabelle Marie

Patrick Viguier, 49 ans, a repris CRETE & LAURENT fin 2010. L’entreprise, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 4,3 millions d’euros l’an dernier, est spécialisée dans le second œuvre du bâtiment, et en particulier en peinture intérieure, revêtements et traitement de façades


""Pourquoi avoir opté pour la reprise d’entreprise ?

Je suis fils d’entrepreneur. J’ai toujours baigné dans cet univers. Depuis fort longtemps, je ressentais l’envie de gérer ma propre structure. J’ai travaillé au sein de grandes entreprises puis j’ai dirigé la filiale collecte de déchets d’un petit groupe régional.. Mais j’avais des actionnaires au-dessus de moi. Je désirais une véritable autonomie et j’ai décidé d’arrêter mon activité en février 2010.


Avez-vous suivi une formation à la reprise d’entreprise ?

J’ai suivi la formation de l’ITE (Institut de la transmission de l’entreprise) à l’ESSEC, ce qui m’a permis de vraiment bien me familiariser avec l’univers de la reprise d’entreprise. J’ai pu acquérir des compétences que je ne possédais pas, notamment sur les volets évaluation et valorisation.


Quels sont les canaux que vous avez utilisés lors de la phase de recherche ?

Dans la phase de recherche de la cible, j’ai exploré la plupart des pistes possibles : annonces sur les sites spécialisés, cabinets de rapprochement, diverses démarches auprès des CCI et des fédérations professionnelles, prises de contact avec des cabinets d’expertise comptable et d’avocats. J’ai aussi usé d’une méthode qui a très bien fonctionné, à savoir les candidatures spontanées. Grâce à divers fichiers et sites internet j’ai identifié  le secteur d’activité, le chiffre d’affaires et surtout l’âge du dirigeant d’un certain nombre d’entreprises. Suite à l’envoi de seulement une vingtaine de lettres, j’ai obtenu 4 entretiens qui se sont tous révélés intéressants. J’ai ciblé en premier lieu des entreprises spécialisées dans la construction mécanique, un secteur que je connais, et dans le second œuvre du bâtiment. J’ai trouvé CRETE & LAURENT, l’entreprise que j’ai reprise, par l’intermédiaire de la Fédération du bâtiment. L’opération s’est déroulée très rapidement. Le premier contact a eu lieu en juillet 2010 et nous avons signé le 31 décembre de la même année.

De quels professionnels vous êtes-vous entouré et à quel moment sont-ils intervenus ?

J’ai fait l’ensemble des démarches de recherche seul mais j’avais alors déjà pris contact avec un expert-comptable et avec un avocat pour ne pas être pris de court au moment où j’aurai besoin de leurs services. Dans un premier temps, l’expert-comptable a étudié le dossier avec moi.  Ensuite, ils sont venus travailler à mes côtés à partir du deuxième entretien avec le cédant. J’avais besoin de leurs compétences techniques mais aussi de leur avis et sentiment sur la cible et sur le cédant. Ce dernier avait mandaté un cabinet spécialisé. Le premier entretien s’est déroulé uniquement avec le chargé d’affaires de ce cabinet.


Pourquoi le cédant vous a-t-il choisi ?

S’agissant d’une entreprise familiale créée par le père du cédant, la dimension affective était forte. Il m’a véritablement fallu séduire le cédant, car j’ai cru comprendre qu’il y avait deux autres repreneurs potentiels en face de moi. J’ai parlé de moi-même et de mon expérience lors du premier entretien. Nous avons rapidement discuté du personnel qui était une question fondamentale pour le cédant. Je pense l’avoir rassuré en lui expliquant que ma volonté était de m’appuyer sur les compétences en place. Nous n’avons commencé à parler chiffres qu’au troisième entretien.


Quel type d’audit avez-vous mené et à quel moment ?

Une fois le protocole d’accord signé, nous nous sommes rendus avec l’expert-comptable et l’avocat, durant une semaine, au sein de l’entreprise afin de mener un audit comptable et juridique. Dans les faits, nous avons également pu effectuer un audit social puisque le cédant a été d’accord pour que nous rencontrions les membres du personnel.


Comment se sont déroulées les négociations ?

Les négociations quant au prix d’acquisition n’ont pas été une difficulté. Je considérais que le prix de présentation était assez cohérent. Nous sommes tombés d’accord sur une baisse de 10 %. Par contre, les négociations se sont quelque peu tendues lorsque nous avons abordé la garantie d’actif et de passif et surtout la contre-garantie. Sur ce plan, il peut apparaître une certaine incompréhension de la part du cédant qui estime que le repreneur ne lui fait pas confiance et tente de se couvrir au maximum. J’ai même pensé un moment que nous allions au clash, mais ensuite la situation s’est apaisée.


Comment avez-vous monté votre plan de financement ?

J’ai demandé un crédit vendeur au cédant, certes assez symbolique quant au montant mais qui était tout de même important pour moi car il montrait, notamment aux yeux du banquier, que le cédant me faisait confiance et s’engageait à m’accompagner sur une période de deux ans. Mon apport personnel s’est monté à 30 %. J’ai emprunté le reste auprès de deux banques, celle du cédant et la mienne, les deux m’ayant fait des propositions intéressantes. Sur le plan du financement, la difficulté a été le timing assez serré. Fort heureusement, j’ai pris des contacts avec les banques bien en amont et pu identifier les bons interlocuteurs. C’est en analysant le potentiel de l’entreprise ainsi que les économies qu’il était possible de réaliser que j’ai su que ça allait passer. J’ai pu élaborer un business plan avec une progression du résultat.


Auriez-vous un ou deux conseils à délivrer à des entrepreneurs qui souhaiteraient se lancer dans l’aventure de la reprise d’entreprise ?

Je pense que dès que l’on a pris sa décision de reprendre une entreprise, il n’y a alors plus une minute à perdre. Il faut foncer et tenter de mettre tous les atouts de son côté pour réussir dans sa démarche. Il faut voir beaucoup de monde et ne pas rester chez soi. Pour ma part, je me suis mis une vraie pression personnelle. Autre conseil : il faut bien comprendre que c’est le cédant qui va recruter son repreneur. Il faut savoir se montrer humble et avoir conscience que l’on achète une entreprise avec des hommes et une histoire. Ce n’est pas la même démarche que d’acheter un appartement.