Patricia Guyomarc’h

16 juin 2011

Isabelle Marie

""Quelles sont les principales causes de défaillance des entreprises qui sont ensuite reprise à la barre ?

Les causes de défaillance sont nombreuses. Les difficultés peuvent être la conséquence d’une mauvaise gestion comme d’une trop faible anticipation des risques. Il est vrai que souvent le chef d’entreprise a la tête dans le guidon et ne prend pas toujours les meilleures décisions. Il arrive également que le chef d’entreprise ne possède pas assez de fonds propres pour faire face au passif exigible.

Que peut faire le dirigeant d’une entreprise en difficulté avant d’en arriver au stade du dépôt de bilan et d'une reprise à la barre ?

Avant d’en arriver au dépôt de bilan, il existe des procédures amiables et confidentielles comme le mandat ad’hoc et la conciliation qui permettent en toute confidentialité, et sous l’égide du tribunal, de pouvoir négocier avec les principaux créanciers. Depuis 2005, le chef d’entreprise peut avoir recours à la procédure de sauvegarde qui permet de restructurer la société avant que celle-ci ne se retrouve en état de cessation de paiement. Mais si le passif est trop important, si le chiffre d’affaires demeure trop bas, si les plans de licenciements ne suffisent pas, bref si l’entreprise se retrouve dans une impasse,  il est toujours possible de la céder. Une cession d’entreprise peut intervenir en redressement judiciaire ou en liquidation judiciaire. Dans ce dernier cas, il s’agit d’une cession d’éléments d’actif davantage qu’une cession d’entreprise.

Qui prend la décision de céder l’entreprise en difficulté ?

C’est l’administrateur judiciaire en lien avec l’avocat et le chef d’entreprise qui prennent la décision de céder l’entreprise. Il est recommander de travailler avec un avocat très spécialisé car les problèmes sont spécifiques. Il faut bien connaître ce monde et ses arcannes. Une société en difficulté peut en amont, et donc avant toute la procédure de redressement judiciaire, envisager une cession.

Que conseillez-vous aux repreneurs qui souhaitent reprendre une entreprise à la barre ?

L’offre de reprise est très codifiée et l’on ne s’improvise pas juriste. Beaucoup de repreneurs pensent pouvoir se débrouiller seul, à tord. Ils ne se rendent pas compte des pièges qui peuvent exister. Car lorsque vous faite une offre de reprise, vous vous engagez sur ce que vous vous proposez de reprendre. Si vous n’en mesurez pas toutes les conséquences, vous pouvez devoir faire face à de mauvaises surprises. Beaucoup de repreneur sont venus me voir pour que je les aide à finaliser leur offre et nous nous sommes alors aperçu qu’il n’y avait pas d’intérêt à reprendre cette société. Parfois, car ils sont mal entourés, ils perdent trop de temps et ne possèdent pas les informations suffisantes : ils ne peuvent alors pas déposer correctement leur offre.

L’administrateur judiciaire est-il l’homme clé dans la procédure de reprise à la barre ?

En effet, c’est souvent l’administrateur qui va faire la pluie et le bon temps car les juges n’auront généralement pas mené d’enquête. Mais n’oublions pas que le chef d’entreprise a également son mot çà dire. Enfin, il faut tenir compte des salariés. Le repreneur doit gérer tous ces intérêts qui peuvent être conflictuels. Je conseille vivement au repreneur d’aller à la rencontre des salariés. Il y a toute une approche psychologique à bien prendre en compte. Il est important d’avoir de bons relais, qui puissent décrocher leur téléphone pour obtenir des informations un peu privilégiées. Car vous avez souvent des dossiers incomplets.

Outre l’avocat, le repreneur doit-il se rapprocher d’un expert-comptable ?

La collaboration avec un homme du chiffre est essentielle. Mais comme on ne reprend que des éléments d’actif et non de passif, l’audit comptable peut être un peu moins poussé que pour une reprise d’une entreprise in bonis. La société qui est reprise est déchargée de son passif donc cela peut être une opportunité. Il ne faut hésiter à augmenter son offre lorsque l’affaire est intéressante.