Patrice Charlier

2 octobre 2014

Isabelle Marie

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En matière de transmission et de développement, qu’en est-il aujourd’hui de l’accès au financement pour les repreneurs et les dirigeants ?

Dans le domaine de la transmission d’entreprise, comme pour le financement du développement, nous constatons qu’en France les PME et les ETI ont un financement quasi exclusivement bancaire. Il apparaît que de 90 à 95 % de leurs sources de financement viennent de crédits bancaires. La réglementation Bâle III, qui va bientôt entrer en vigueur, va leur poser des problèmes puisqu’il est probable que les banques vont moins prêter. Par ailleurs, le renforcement des critères prudentiels va entraîner un renchérissement du coût du crédit. Certes, aujourd’hui les taux sont très bas mais les experts évoquent une remontée dès l’an prochain aux Etats-Unis. Les PME et ETI risquent de connaître davantage de difficulté pour trouver des financements alors que leurs besoins sont très élevés. Il existe le même problème du côté des assureurs qui vont sans doute moins prêter du fait de Solvabilité II.

Vers quel type de financement alternatif peuvent se tourner les repreneurs et les chefs d’entreprise ?

Le crowdfunding, ou financement participatif, est un mode de financement intéressant pour des projets que ne nécessitent pas un investissement trop important. Le processus est très simple. Il suffit d’afficher son projet sur une plateforme de crowdfunding. Un grand nombre de financeurs vont participer alors au projet en achetant des parts qui peuvent être, par exemple, de l’ordre d’un millier d’euros. Ce mode financement permet de financer des projets de reprise ou de création. Soulignons toutefois que ce type de financement est encore marginal. Par ailleurs, il existe une certaine part de risque pour les particuliers qui vont souscrire car ils ne sont pas forcément en mesure d’analyser finement le dossier. Il est vrai que ces derniers peuvent diversifier leurs risques en misant peu sur plusieurs projets. Dans le cadre du crowdfunding, le particulier peut soit faire un prêt, soit acheter des actions ou faire un don.

Conseillez-vous aux porteurs de projets de se tourner vers les business angels ?

Les business angels peuvent être une source intéressante de financement mais le repreneur ou le dirigeant devra solliciter l’intervention d’un avocat afin de bien verrouiller les rapports juridiques entre les deux parties et ce, afin de s’assurer que la collaboration se déroulera dans de bonnes conditions. Dans ce cadre, la confiance entre les deux parties est un élément capital. Le business angel ne va rester qu’un certain temps dans l’entreprise, en général 5 ou 6 ans, donc il faut en prévoir la sortie dès le début de la relation.


D’autres formes de financement émergent-elles ?

Parmi les possibilités de financement alternatif, citons les placements privés avec le marché des Euros Private Placements, qui existe en France depuis 2012. Ces Euro PP sont des opérations de financement à moyen ou long terme entre une entreprise et un nombre restreint d’investisseurs institutionnels. Ce marché a été inauguré en 2012 par le groupe Bonduelle. Il s’agit d’un placement obligataire auprès d’un petit nombre d’investisseurs.

Quel  autre conseil pouvez-vous livrer aux repreneurs ?

Rappelons que le pacte Dutreil permet d’alléger sensiblement le coût de la transmission pour le repreneur ce qui lui permet de pouvoir davantage financer des investissements après la reprise. Il s’agit d’ailleurs d’une des rares mesures fiscales qui n’a pas été remise en cause.