L’Etat serait bien inspiré de chiffrer, enfin, le phénomène de la reprise

7 décembre 2010

Isabelle Marie

L’étude de la CCI de Haute-Savoie sur la reprise d’entreprise (voir l’article ci-après) comporte, au-delà de chiffres exhaustifs, un ensemble de données fort instructives tirées d’une enquête réalisée auprès d’un échantillon de repreneurs de parts ou de fonds.
Entre autres éléments, et ce contrairement aux idées reçues, il ressort que seul un tiers des cédants vend son entreprise du fait d’un départ en retraite. Certes, cette proportion atteint 45 % dans le cas précis de vente de parts. Dans 21 % des cas, la cession s’opère car le dirigeant souhaite changer d’activité. Il peut s’agir de la création ou de la reprise d’une autre entreprise, d’un retour au salariat ou encore afin réaliser d’autres envies. Notons que dans ces cas de figure, qui sont donc loin d’être marginaux, la négociation sur le prix de vente peut se révéler ardue. Et ce pour trois raisons principales : le cédant n’est pas forcément très pressé, la cible est souvent en bonne santé du fait qu’elle soit dirigée par un patron dans la force de l’âge, et enfin, le cédant a besoin de fonds pour mener à bien ses autres projets.
Cette enquête montre également que les cessions de parts et les cessions de fonds ciblent deux publics de repreneurs différents. Un quart des transmissions de parts s’effectue dans le cadre familial contre seulement 7 % des ventes de fonds. Par ailleurs, un tiers des ventes de parts se fait directement à un salarié de l’entreprise, contre 10 % des ventes de fonds. Au final, seul 39 % des reprises par achat de parts se conclu avec un repreneur extérieur à la famille et à l’entreprise, contre 83 % des ventes de fonds. Si l’on s’en tient à ces chiffres, il apparaît donc que le repreneur personne physique qui vise une PME (généralement par l’achat de parts) doit faire face à une concurrence non négligeable de la famille du cédant, des salariés et, bien entendu, de personnes morales en phase de croissance externe. Le repreneur venu de l’extérieur doit donc être particulièrement bien armé pour séduire le cédant.
Un autre élément révélé par cette enquête concerne le vecteur de transmission : il apparaît que le réseau familial, social ou encore professionnel serait à l’origine des deux tiers des transmissions. Un chiffre certes important mais qu’il conviendrait d’affiner en fonction du type de reprise (fonds ou parts) et donc de la cible.
Comme le soulignent les auteurs de l’étude, la moitié des repreneurs interrogés déclare que l’acte de reprise a été difficile à conduire. Un quart des repreneurs aurait même éprouvé de grosses difficultés. Ces derniers éléments ne peuvent qu’inciter les repreneurs à être accompagnés dans leurs démarches.
De son côté, l’Etat serait bien inspiré d’élargir au plan national une telle étude. Le cas échéant, ses enseignements pourraient certainement aider à l’élaboration d’une politique publique pragmatique et efficace en faveur de la reprise d’entreprise.