Les fonds de capital transmission payent de plus en plus cher

24 novembre 2015

Isabelle Marie

Depuis fin 2012, l’indice Argos Mid-Market progresse régulièrement, en dépit de petites rechutes. Il a encore progressé sur le troisième trimestre 2015 à 8,5 fois l’Ebitda. Il se rapproche ainsi de son niveau record du 2ème semestre 2006. Il n’a jamais été aussi haut depuis le premier semestre 2007.

La poursuite de la hausse des multiples depuis 3 ans s’explique davantage par un déséquilibre persistant entre offre et demande. «  D’un côté, une concurrence toujours forte entre les fonds de capital-transmission et les acquéreurs stratégiques pour les actifs de qualité, soutenue par le niveau historiquement élevé de trésorerie disponible pour les fonds (« dry powder ») comme pour les industriels ; de l’autre, un nombre limité d’entreprises de qualité sur le marché, beaucoup ne s’étant pas remis des crises financières de 2007/08 et 2011/12, et de la longue période de stagnation économique qui a suivie », soulignent les concepteurs de cet indice .

Rappelons que l’indice Argos Mid-Market mesure l’évolution des valorisations des sociétés mid-market non cotées de la zone euro. Il est réalisé par Epsilon Research pour Argos Soditic et publié de façon trimestrielle. Il correspond à la médiane sur 6 mois glissants du multiple EV / Ebitda historique des opérations de fusions-acquisition mid market de la zone euro.

La hausse de l’indice sur ce troisième trimestre 2015 résulte de la nette progression des prix payés par les fonds de capital-transmission à 9 fois l’Ebitda. Le trimestre précédent, ce multiple était à 8,2. A l’inverse, les multiples payés par les acteurs industriels se sont repliés à 8 fois l’Ebitda après avoir atteint 8,4 lors du second trimestre de l’année, soit une baisse de 5 %.

Des acheteurs plus sélectifs

En dépit de cette progression mesurée par l’Indice Argos Mid-Market, l’activité globale du marché des fusions-acquisitions mid market s’est comprimée sur le 3ème trimestre avec une baisse de 10 % en volume et de 20 % en valeur. Ce recul se produit alors que les acquéreurs étrangers se sont montrés très dynamiques, en particulier les Américains et les Asiatiques. Depuis le début de l’année, l’activité de ce marché est en recul de 6 % en volume et de 9 % en valeur par rapport à 2014. L’une des raisons essentielles de ce repli semble bien être un manque de confiance persistant des acquéreurs dans les perspectives de la zone euro du côté de la demande.

Il apparaît assez clairement que les acheteurs font preuve de davantage de sélectivité avec une marge médiane d’Ebitda des sociétés reprises qui est passé, au sein de l’échantillon composant l’indice, de 13,3 % sur la période 2011 – 2014 à 17,4 %sur les six derniers mois.

Selon les auteurs de cet indice, le marché des fusions-acquisitions est soumis à deux dynamiques opposées. D’une part, baissière à court terme avec le repli des marchés actions qui s’est accéléré au 3ème trimestre ; d’autre part, haussière à moyen terme avec des sociétés cotées qui cherchent à utiliser leur trésorerie, toujours à un niveau très élevé, pour mener des acquisitions.

Un repli du capital transmission

Ces données sont corroborées par celles de l’Afic (Association française des investisseurs pour la croissance) sur le capital transmission. Effectivement, sur le premier semestre de cette année, le capital transmission affiche un recul de repli de 5 % en montant à 2,1 milliards d’euros et de 25 % en nombre d’entreprises soutenues, soit 104. L’érosion du capital transmission s’explique principalement par une baisse sensible des tickets de 30 à 50 millions d’euros. Cette tranche est, en effet, passée de 388 millions d’euros sur le 1er semestre 2014 à 71 millions d’euros sur la même période en 2015. Sur la même période, le capital développement affiche une belle hausse de 25 % à 1,3 milliard d’euros.

Plus généralement, toujours sur les 6 premiers mois de 2015 pas moins de 3,7 milliards d’euros ont été investis par les acteurs français du capital-investissement, soit une progression de 4 % par rapport à la même période de l’année précédente.