La véritable finalité de l’entreprise n’est pas de créer du profit

23 mai 2011

Isabelle Marie

""Si si, je vous l’assure, il y a encore des personnes qui pensent que la finalité de l’entreprise est de faire du profit ! Si vous ne me croyez pas, questionnez les personnes que vous croisez. Vous constaterez d’abord qu’une partie ne sait pas répondre simplement à la question. Et, pour les réponses dignes de ce nom, à 80 % on vous parlera du profit comme finalité. Si vous êtes aussi de ceux qui partagent cette conviction, soyez pardonné : un journaliste économique connu, auprès de qui je dénonçais récemment cette définition, m’a visiblement pris pour un être subversif.

Nous accompagnons de nombreux créateurs d’entreprise au sein de Réseau Entreprendre. A leur contact, on vit l’entreprise dans sa plus pure expression car  il y a peu  de place pour le « gras » et les fioritures à ce stade. Aucun, à qui nous demandons pourquoi il veut créer une entreprise, ne répond qu’il crée pour faire du profit. D’accord, on me dira qu’une réponse aussi triviale est difficile à prononcer et que les réponses sont biaisées. Soit ! Pour autant, la première réponse, outre d’assurer sa subsistance et celle de sa famille, c’est de devenir son propre patron et de se réaliser.
Mais alors comment en sommes-nous venus à penser aussi communément que la finalité de l’entreprise c’est de faire du profit ?

La véritable finalité de l’entreprise n’est pas de créer du profit. Elle est de créer des richesses: des produits et des services qui améliorent, simplifient et sécurisent la vie ; et des emplois, pour qu’au-delà des entrepreneurs, celles et ceux qui les rejoignent trouvent à leurs côtés les conditions de subsistance et de leur épanouissement.
Mais voilà, les richesses attirent la convoitise. Et la convoitise peut déplacer les équilibres entre les parties prenantes de l’entreprise. Alors là oui, on est parfois allé bien loin !
Mais la place du profit dans tout cela ? Il est, non pas finalité, mais nécessité pour permettre à l’entreprise d’investir et de développer, rémunérer les capitaux mobilisés et faire des réserves pour les temps difficiles. Il est aussi un indicateur de mesure de l’efficacité économique qui est la première responsabilité de l’entrepreneur.

Il est plus qu’urgent que tous, nous soyons convaincus et rappelions que la finalité de l’entreprise c’est de créer des richesses et des emplois. La diversité entrepreneuriale infinie résulte d’ailleurs d’une variété de richesses à créer (économiques, sociales, environnementales), d’une variété de manières de les créer et de choix possibles dans la façon de partager les richesses produites. Il est à cet égard, plutôt vain de chercher à classer et opposer des modèles d’entreprise. On peut surtout se réjouir de la diversité d’entrepreneurs, et militer sans relâche pour que l’économie soit au service des hommes.

Il parait qu’il faut réconcilier les Français avec les entreprises. Ce n’est pas si compliqué : réagissons, chaque fois que nous en avons l’occasion, contre cette croyance du profit comme finalité. Il y a tellement mieux à dire de l’entreprise et tellement de belles histoires d’entreprises et d’entrepreneurs à raconter, comme ce fut le cas à Nantes lors du Parlement des Entrepreneurs d’Avenir les 12 et 13 mai derniers.