Diane de Ferron

10 mai 2011

Isabelle Marie

""Quelle définition peut-on donner de l’entreprise familiale ?

Avant que l’Union européenne ne travaille sur une définition de l’entreprise familiale, l’on dénombrait 90 définitions parmi les 27 Etats membres. Depuis 2009, l’Europe s’est accordée sur une définition, à savoir : une entreprise familiale est majoritairement contrôlée par une ou plusieurs familles dont l’un des membres est impliqué dans le management. Cette définition inclut les entreprises qui n’ont pas encore transmis à la seconde génération. Il est vrai que cette définition est large. En France, environ 80 % des entreprises sont considérées comme familiales. Ce taux est élevé car la grande majorité des toutes petites entreprises sont familiales.

Selon vous, quels sont les principaux atouts des entreprises familiales ?

Leur atout est avant tout ce capital humain qui est pris en considération au niveau de l’exercice du pouvoir mais aussi de l’emploi. Une grande importance est accordée aux salariés, à la communication avec eux et à la préservation de leur emploi. Ceci s’est bien vu lors de la crise. Nous sommes dans une gestion sur le long terme et la prudence, de ce fait la crise a été abordée avec une certaine sérénité. Nous sommes donc sur une stratégie long terme car nous souhaitons transmettre aux générations futures. Nous ne recherchons pas l’optimisation financière à tout prix. Un chiffre est très parlant : il s’agit du taux de retour sur investissement attendu qui est entre 5 et 10 %. Ceci est bien inférieur à ce que demandent, par exemple, les fonds d’investissement. Il est donc bien clair que nous ne sommes pas dans une logique d’optimisation financière court-termiste. Ce qui ne veut pas dire que nous ne recherchons pas la performance.

Au chapitre transmission, un récent rapport indique que seulement 10 % des entreprises sont transmises dans le cadre familial. Quelle est votre analyse ?

Il faut remettre ce taux de 10 % dans son contexte. Dans le rapport Mellerio, dont il est issu, sont prises en compte les entreprises à partir d’un million d’euros de chiffre d’affaires. Donc de très petites entreprises entrent dans la base de calcul et ces dernières sont souvent difficiles à transmettre. Dans le rapport que nous avons réalisé avec PriceWaterHouse sur les entreprises familiales, nous avons travaillé sur celles dont le chiffre d’affaires est supérieur à 25 millions d’euros. Nous avons établi que 58 % de ces entrepreneurs ont l’intention de transmettre à un membre de leur famille alors que dans le rapport Mellerio ce taux est de 20 %. Nous vérifions que plus l’entreprise se consolide, plus l’intention de la transmettre dans un cadre familial est importante. Nous ne disposons pas de chiffres précis mais la tendance est à l’augmentation. Il est clair que le Pacte Dutreil produit ses effets. Cela dit, par rapport à l’Allemagne et à l’Italie, la France transmets encore assez peu dans le cadre familial.

Pourquoi si peu de transmissions familiales en France ?

Selon moi, la France est un pays qui valorise encore trop peu les entrepreneurs. Même si beaucoup d’efforts sont faits en ce sens par les pouvoirs publics et le secteur parapublic. En France, et à la différence de pays comme l’Allemagne ou l’Italie, ce n’est pas forcément le rêve des jeunes de devenir entrepreneur. Par ailleurs, dans notre pays, nous ne possédons pas une culture de la transmission bien établie. La transmission est efficace lorsqu’elle est bien anticipée. Le dirigeant devrait déjà penser à la transmission vers 45 ou 50 ans. Toutefois, au sein du FBN, nous voyons des familles qui travaillent très amont avec les jeunes générations sur le culture de l’entreprise, la meilleure formation pour l’intégrer à terme, etc. La clé du succès est là : dans l’organisation et la préparation. La préparation est d’abord d’ordre émotionnelle avant d’être technique.