Des entrepreneurs très confiants en dépit d’une reprise molle

14 mars 2011

Isabelle Marie

""Il y a bien longtemps qu’une analyse macro-économique sur la confiance ressentie par les entrepreneurs ne s’était montrée si optimiste. La note de conjoncture et prévisions pour l’entreprise de Xerfi Prévisis du mois de mars montre sans ambages que la crise est bien derrière nous, en tout cas pour les entreprises d’une certaine envergure.
« Pour les entreprises la confiance est de retour. Symptôme le plus significatif, les trésoreries sont redevenues très confortables. D’abord, celle des grands groupes. Jamais, ou presque, les gestionnaires des grandes entreprises ont jugé leur trésorerie aussi aisée qu’en février dernier », estiment les analystes de Xerfi Previsis. Ainsi, 89 % des industriels interrogés assurent que leur entreprise ne connaît pas de difficulté de trésorerie.

Selon les experts de Xerfi, la vitesse à laquelle l’état de santé des entreprises s’est amélioré est largement du à la réussite des stratégies défensives mises en place durant la période de crise. Des politiques comme la flexibilisation grâce au recours massif aux CDD, la variabilisation des rémunérations, le recours à la sous-traitance ont permis aux dirigeants d’ajuster rapidement leurs structures de coût. Par ailleurs, le destockage, la baisse du BFR on encore le gel des investissements et des hausses salariales ont fait que les finances des entreprises ont pu rapidement se restaurer une fois la crise passée.

« Dans les services, la confiance des chefs d’entreprise se renforce mois après mois. Le mouvement est identique dans l’industrie. Mieux ! L’optimisme affiché concerne l’ensemble de l’économie française puisque les perspectives générales de production accélèrent fortement. Elles sont à 19 points, c’est 27 de plus que la moyenne de long terme. A y regarder de plus près cela ressemble presque à une vague d’euphorie, puisqu’un tel niveau n’avait quasiment jamais été constaté depuis la fin 2000, année au cours de laquelle la croissance du PIB avait atteint 4,1% », analysent les experts de Xerfi Previsis.
Toutefois, il convient de relativiser quelque peu cet optimisme. En effet, l’écart est grand entre les indicateurs de confiance (élevés) et l’indice d’activité. En fin d’année, la production industrielle demeurait encore inférieure de 11,5% à son pic de février 2008 et le niveau de production fin 2010 était équivalent à celui du début de 1997. Le niveau de construction du neuf est à un niveau bas et les services à la personne ne connaissent pas d’amélioration nette.

Les prévisions à court et moyen terme de Xerfi tranchent assez nettement avec l’optimisme des chefs d’entreprise. Stagnation des salaires, peur du chômage, arrêt de certaines des aides mise en place par l’Etat du fait de la crise font que les dépenses des ménages risquent de fléchir. Or la croissance repose essentiellement sur cet élément. « A court terme, compte tenu de l’environnement économique et financier des Français, cela ne peut conduire que vers une croissance faible », notent les analystes de Xerfi.
Selon les secteurs d’activité, la situation apparaît relativement contrastée. Dans l’industrie, et après une hausse constante depuis le début 2010, le niveau des carnets de commande vient de commencer à baisser alors que le taux des capacités de production demeure toujours bas. Le niveau de production reste stable depuis une année bien que les perspectives apparaissent en légère hausse.
Si dans les services aux entreprises, la hausse du chiffre d’affaires est constante depuis la fin 2009, il en va tout autrement pour les services aux personnes qui connaissent une véritable, et longue, stagnation.

« Les commerçants ne font pas preuve de beaucoup d’optimisme, après des soldes décevantes. L’indicateur du climat des affaires (tout en restant au-dessus de sa moyenne) se replie traduisant le manque d’entrain de l’activité, signe que les consommateurs ont mis le frein sur leurs dépenses. Les perspectives demeurent hésitantes et tout converge vers la poursuite du ralentissement. D’ailleurs, les professionnels ne s’attendent pas à autre chose et leurs intentions de commandes sont en baisse », estiment les experts de Xerfi.
Enfin, dans le secteur de la construction les mises en chantier tendent à repartir à la hausse ainsi que les carnets de commande dans les travaux publics. Toutefois, dans ces deux domaines, la reprise devait être lente.