Cynthia Parietti

8 décembre 2015

Isabelle Marie

""Pouvez-vous nous présenter en quelques mots Credit.fr ?

La plateforme est née en mars 2015. Nos deux actionnaires de référence sont Truffle Capital et Geoffroy Roux de Bézieux. Notre métier est le crowdlending, à savoir du financement participatif sous forme de prêt.

 

Financez-vous des repreneurs ? Plus généralement, quel type d’entreprise ciblez-vous ?

Nous ciblons les TPE et PME. Nous finançons l’ensemble des secteurs d’activité. Nous n’intervenons que pour des entreprises de plus de 4 ans d’existence. Dans le domaine de la transmission, nous pouvons retenir les dossiers des repreneurs qui souhaitent racheter une cible qui a plus de 4 ans et ce, même si nous finançons la holding de reprise. A l’exception de l’immobilier, nous pouvons intervenir sur tout type de projet : reprise, croissance externe, financement de l’exploitation ou de l’immatériel, recrutement de personnel dans le cadre d’un développement, franchise, recherche et développement, etc. Mais nous ne finançons pas la trésorerie. Un chef d’entreprise qui nous sollicite pour pouvoir combler son découvert de 50 000 euros ne verra pas son dossier retenu.

 

Comment sélectionnez-vous les dossiers que vous allez présenter sur votre plateforme ?

Nous avons développé un outil de scoring qui vérifie jusqu’à 400 paramètres sur les entreprises qui viennent nous solliciter. 40 % des dossiers instruit ont été éligible, donc ont franchi avec succès notre premier filtre. Ensuite, le dossier passe par nos analystes crédit qui vont l’étudier plus en et échanger avec le dirigeant. Depuis mars, nous avons reçu plus de 6 800 demandes de financement. Au final, une vingtaine ont été acceptés et présentés en ligne.

 

Qui sont les prêteurs qui viennent financer les entreprises que vous avez retenues ?

Nos prêteurs sont des personnes physiques et morales car depuis la loi Macron, les prêteurs peuvent aussi être des entreprises. Cette loi a donc permis d’intermédier le prêt entre personnes morales, ce qui n’était pas possible auparavant. Il est vrai qu’un entrepreneur est particulièrement bien placé pour comprendre et financer un autre entrepreneur ! Dans une première phase, nous nous sommes consacré qu’au recrutement de prêteurs, et ce, avant de proposer sur notre plateforme des dossiers à financer. Depuis, nous recrutons chaque jour de nouveaux prêteurs.

 

Quel est le financement moyen par dossier et quel est votre taux de réussite ?

Nous acceptons des financements à partir de 20 000 euros, avec une moyenne sur l’ensemble des dossiers retenus de 65 000 euros. Nous avons eu 100 % de taux de réussite en collecte jusqu’à présent. La vingtaine de dossiers qui ont été financés l’ont été pour un encours total de plus de 800 000 euros.

 

Quel est le taux de rémunération que peuvent espérer les prêteurs ?

Notre base line est donner un visage à l’économie de demain. Le préteur a une démarche active ; c’est lui qui vient choisir l’entreprise qu’il souhaite financer. Le taux de rémunération de son épargne est très intéressant. Chez credit.fr, le principe est le suivant : ce que l’emprunteur paie est reversé au prêteur. Donc, lorsque le taux d’intérêt est à 7,20 % pour l’emprunteur, le prêteur reçoit 7,20 %. Ces taux de rendement sont bien supérieurs à ceux de l’assurance-vie. Nous définissons le taux en fonction de la durée du prêt qui s’échelonne de trois à cinq ans. Le second facteur est le niveau de risque du dossier qui est fonction, notamment, du secteur d’activité, de la zone géographique, de la taille de l’entreprise et des probabilités de défaut à 12 mois. Sur des dossiers avec une probabilité de défaut faible, nous proposons un taux à 4,60 % ; pour des entreprises un peu plus risquées, le taux maximum sera de l’ordre de 8,70 %. Mais soulignons que, grâce à notre outil de scoring, nous pouvons estimer une probabilité de défaut maximum à moins de 1 % sur notre plateforme.

 

Les dossiers que vous financez sont-ils ceux que les banques refusent ?

Absolument pas. Une majorité des entreprises que nous avons financées jusqu’à aujourd’hui sont en cofinancement avec un établissement bancaire ou Bpifrance, et ce, dans 60 % des cas ; les autres auraient parfaitement pu être financé par une banque. Mais nos prestations sont différentes de celles des établissements bancaires. Nous avons une capacité de répondre en 48 heures que les banques ne peuvent pas proposer. Autre différence, nous ne demandons ni caution, ni garantie. Par ailleurs, nous offrons une assurance décès-invalidité sur la tête du dirigeant. Nous sommes partenaires financiers des entrepreneurs et des repreneurs pour les accompagner vite, mieux et différemment. Notons qu’aujourd’hui, plus de 70 % des dirigeants ne sont pas satisfaits de leur relation bancaire.

 

Quel est le rôle de Credit.fr auprès de l’emprunteur ?

Nous accompagnons le dirigeant dans le montage de son dossier : pour écrire l’histoire de sa société, pour expliquer quel est l’objet du financement et pour donner les quelques chiffres significatifs. Ce dossier va servir à créer un lien avec nos prêteurs. Pour l’emprunteur, l’aspect administratif du montage du dossier est très simple puisque nous ne demandons que le dernier bilan, un RIB et un justificatif d’identité.

 

Quelle est la durée moyenne d’une collecte ? Et comment vous rémunérez-vous ?

La collecte s’effectue sur environ 30 jours. Une fois que le dossier est en ligne, nous nous occupons de mobiliser tous nos prêteurs notamment par de l’emailing et par une présence forte sur les réseaux sociaux. Notre modèle économique est du côté emprunteur avec 3 % de frais de dossier ainsi que 1 % sur le capital restant dû annuel qui est lissé dans la mensualité.

 

Credit.fr est-il fortement concurrencé ?

Notre environnement est très concurrentiel. Dans ce domaine de la fintech, tout va extrêmement vite. En peu de temps, de très nombreux acteurs sont arrivés sur ce marché. Pour la seule activité de crowdlending, plus d’une cinquantaine de plateformes sont immatriculées, mais seulement une douzaine est réellement active. Les experts estiment que seules les plateformes qui ont réussi à lever au moins 3 millions d’euros, ce qui est notre cas, pourront s’inscrire dans la durée. Pour notre part, bien que nous soyons déjà 10 salariés, nous avons encore des besoins en termes de développement.