Bilans : ce qu'analyse un banquier ou un investisseur

20 mai 2014

Isabelle Marie

Le bilan constitue, bien entendu, le document essentiel pour le repreneur qui va passer au crible les comptes de la cible qu’il convoite et qui va tenter au mieux d’établir une analyse financière. Dans une interview sur cession-entreprise.com Christine Raffray, expert-comptable chez Baker Tilly France,  a déjà livré les principales clés de lecture pour l’analyse d’un bilan.  Elle explique, dans cet article, comment les banquiers et les investisseurs vont analyser les comptes des entreprises.

Christine Raffray explique qu’un bilan peut se lire de deux manières : la lecture descriptive et la lecture financière. La lecture descriptive permet d'apprécier la situation financière de l'entreprise. Quels sont les soldes de compte, le chiffre d'affaires, la trésorerie, les créances, les dettes ? Le banquier et l'investisseur vont avoir les réponses à des questions du type : « Où est la trésorerie, à l'actif ou au passif ? Y a-t-il des emprunts ? Quel est le niveau des fonds propres ? Y a-t-il des provisions pour risques ? L'entreprise a-t-elle des participations financières ? »

La lecture financière est davantage analytique. Le raisonnement s'effectue par masse et par cycle. Le financier va isoler de grands « blocs » au sein du bilan, par exemple l'actif immobilisé, l'actif circulant (stocks, créances clients), la trésorerie. Au passif il va étudier le haut de bilan (les capitaux propres + les dettes à long terme) et le bas de bilan (dettes à court terme). Sur cette base, il fera facilement ressortir si ces grandes masses s'équilibrent ou pas. Il va apporter une attention toute particulière au fonds de roulement (capitaux propres moins actif immobilisé), qui permet de vérifier que les immobilisations ont bien été financées par des capitaux permanents (dont les emprunts). La logique est que les biens qui servent à l'entreprise à long terme soient financés par des financements également à long terme.Il vérifiera le besoin en fonds de roulement (actif circulant moins dettes circulantes), véritable nerf de la guerre au sein de toutes les entreprises.

Ce que regarde un banquier

Les deux axes majeurs pour un banquier sont l'analyse des liquidités, pour évaluer la solvabilité et la trésorerie, et l'appréciation de la structure financière. Il va s'attacher à l'équilibre financier à l'aide des fondamentaux : le fonds de roulement et le financement de l'investissement, le besoin en fonds de roulement et la trésorerie. Lorsqu'il ne finance pas lui-même le BFR, il va se poser la question de savoir comment celui-ci est couvert. Son objectif : identifier l'aptitude de l'entreprise à rembourser un emprunt, ou à recouvrir un découvert bancaire dans un délai relativement correct. Le banquier retient généralement une méthode de scoring comportant une batterie de ratios qu'il considère adaptés à l'entreprise.

Ce que regarde un investisseur

S'il étudie également de façon descriptive et financière les comptes, s'il s'intéresse également aux masses du bilan, l'essentiel pour lui est d'avoir une vue globale de la santé de l'entreprise et, en tant qu'apporteur de capitaux, il s'attache surtout au retour sur investissement.

L'investisseur va se faire une idée du potentiel de l'entreprise, du risque, et va le rapprocher de son propre risque à investir.
Il va mettre en évidence, à titre d'exemple : d’une part, la rentabilité : résultat d'exploitation / chiffre d'affaires – EBE / chiffre d'affaires ; d’autre part, la rentabilité financière : résultat net / fonds propres. Plus ce ratio sera élevé, plus il séduira un investisseur et, enfin, la structure financière : capitaux propres / capitaux permanents.

En résumé, conclue Christine Raffray, expert-comptable chez Baker Tilly France, un investisseur aura une approche qui se recoupe avec celle du banquier, mais là où le banquier regarde les grandes masses, l'investisseur aura une approche plus dynamique et s'attachera davantage à la cohérence entre l'activité et les comptes.