Attention à la reprise de cibles en difficulté

5 janvier 2011

Isabelle Marie

Certes, et c’est heureux, le nombre de défaillances d’entreprises tend à régresser. Si cette baisse d’un peu plus de 3 % en 2010 par rapport à l’année précédente reste modeste, elle est toutefois significative de la fin d’une période de forte turbulence pour les PME les plus fragiles. Le nombre de défaillance tourne autour des 63 000 pour 2010.
Au vu d’un tel chiffre, le repreneur potentiel peut estimer qu’il y a là un vaste choix de cible et, bien entendu, à un très bon prix. Pour un porteur de projet audacieux mais qui dispose de fonds propres limités, l’aventure est tentante. Pourtant, le repreneur devra bien réfléchir avant de se lancer.
Dans ce domaine, il y a peu de débats entre les bons connaisseurs de la transmission d’entreprise. Qu’ils soient avocats ou experts-comptables, qu’ils travaillent dans un cabinet de rapprochement ou pour un réseau d’accompagnement, la grande majorité de ces professionnels conseillent très clairement d’éviter de reprendre ce type de cible. Ceci est en tout cas vrai pour les « primo repreneurs ». La question ne se posent pas dans les mêmes termes pour les serials repreneurs qui possèdent beaucoup plus d’expérience et généralement qui disposent de fonds plus importants.
A la barre du tribunal, la reprise se fera selon toute probabilité à faible coût. Mais l’un des risques principaux réside dans la sous-évaluation des fonds qu’il sera nécessaire de mobiliser pour relancer la machine. En pratique, il apparaît qu’il est très difficile de réaliser une juste évaluation des besoins en financement pour redresser la cible. Les audits menés sur une entreprise saine ne suffisent souvent pas à pointer toutes les failles et faiblesses de la société. Quel repreneur n’a-t-il pas découvert de cadavres dans les placards ? Dans le cas d’une cible en difficulté, les diagnostics apparaissent d’autant plus difficiles à opérer. De plus, le repreneur devra se montrer particulièrement crédible et convaincant auprès des banques qui ont du mal à faire entrer le terme risque dans leur vocabulaire usuel. Le repreneur devra aussi s’attendre à des difficultés au niveau du personnel, avec, dans bien des cas, la nécessité de procéder à des licenciements, ce qui coûte cher.
Comme l’expliquent Bérangère Deschamps et Robert Paturel dans leur dernier ouvrage « Reprendre un entreprise » (Dunod), trois conditions doivent être réunies pour avoir une chance de redresser une cible en difficulté : que les difficultés rencontrées soient accidentelles et que l’on sache les expliquer ; qu’un climat de confiance puisse être rétabli avec les salariés, les banquiers, les fournisseurs et les clients ; et qu’il soit encore possible de réaliser de belles affaires dans le secteur.
Enfin, il est impératif que le repreneur soit du secteur d’activité car il devra agir très vite et n’aura donc pas le temps pour découvrir un nouveau domaine.